Voici un autre texte proposé à agoravox à de multiples reprises, et qui n'a pas été publié. Il est vrai que ce site privilègie les articles, alors qu'il s'agit ici d'une nouvelle.

En l’an 11 752, les sciences avaient atteint un tel niveau de développement qu’il serait impossible d'en faire une description avec les mots du XXème siècle. Pour en donner une idée tout de même, nous dirons que les théories de la physique avaient atteint un degré de complexité et de finesse extrêmes, que les savants successifs qui avaient étudié la nature de la matière depuis nos jours étaient allés de surprises en surprises et avaient dû réviser plusieurs fois les certitudes qu’ils avaient admises auparavant. Mais à force de retordre du fil, on avait fait faire à l’ignorance un prodigieux bond en arrière, si bien que celle-ci se réfugiait désormais dans son dernier bastion. Car en effet, après que les questions résolues aient amené à d’autres questions qui furent résolues à leur tour, il ne restait plus qu’une seule chose à savoir. Un dernier effort et la science physique pourrait enfin se prétendre complète.

Cette dernière découverte allait être rendue possible par l'observation d'une particule (bien que ce terme archaïque ne soit pas tout à fait adapté, nous continuerons à l'employer pour faciliter la compréhension, avec des guillemets) et de ses caractéristiques, qui n'avait encore jamais été observée malgré plusieurs essais et qui complèterait le modèle que les physiciens de toutes les planètes et de toutes les galaxies avaient eu tant de mal à établir jusqu’à ce jour. L'observation de cette « particule » donnerait immédiatement la seule indication qui manquait pour compléter définitivement la connaissance humaine de la nature, laquelle n'aurait désormais plus le moindre secret. Toute la communauté scientifique, à l’exception de quelques sceptiques, était optimiste quant au succès de l’expérience qui fut mise en place pour révéler la « particule » opiniâtre. Les plus poétiques d’entre eux, qui avaient une certaine connaissance des temps anciens, disaient que le visage de Dieu allait enfin être dévoilé, à l'étonnement de leurs confrères pour qui le nom même de Dieu était inconnu, tant ce terme était tombé en désuétude. Le dispositif expérimental, un accélérateur d’une taille inédite, de forme elliptique, s’étendait depuis Proxima du Centaure jusqu’au centre de la Voie Lactée. Pour le construire il avait fallu déplacer des planètes, bouleverser des systèmes solaires, défigurer des nébuleuses, ce qui avait provoqué la colère de quelques populations locales, moins sensibles aux progrès de la science qu'aux chamboulements cosmiques causés par ces travaux.

Mais ce projet titanesque prit un jour fin, et les sommités scientifiques de tout l’univers s’étaient réunies pour l’inauguration de cet appareil qui allait enfin éclairer la dernière zone d'ombre de la science humaine. Dans la salle où ils s'étaient rassemblés, une lunette d'observation permettrait à celui qui regarderait dedans, une fois la "particule" détectée, de contempler celle-ci et d'obtenir immédiatement l'ultime réponse. Le président du gouvernement universel, Mustapha Von Xztrymblefeld, originaire de Pluton, avait dirigé une cérémonie pour souhaiter le succès de l’expérience qui allait être menée devant l’assemblée. Après un discours plein d’enthousiasme, il se dirigea vers un levier orné d’un ruban rouge, celui qui allait déclencher le début de l’expérimentation à l'issue de laquelle la « particule » allait enfin pouvoir être vue. Avec gravité il activa le dispositif pendant que la salle retenait son souffle et que les bouteilles de champagne moléculaire se préparaient à éjaculer leur mousse. Il y eut quelques minutes d’attente (car une telle expérience prenait du temps) qui furent insoutenables. Enfin, une lueur verte sur l’écran de contrôle indiqua que le protocole avait abouti et que tout s'était bien déroulé : la "particule" avait été piégée. Il ne restait plus qu’à se pencher et à mettre l’œil sur la lunette pour la voir enfin, et cet honneur échut au directeur du laboratoire qui avait dirigé le projet. Il s’exécuta en tremblant d’excitation, et sous les regards exaspérément inquiets et curieux de ses collègues, il se figea brusquement avec un hoquet de stupéfaction. Il se leva lentement, livide, comme s'il venait de voir le monde s'écrouler. Après quelques secondes d’hébétude qui exaspérèrent la curiosité de l'assistance, il parvint enfin à articuler, avec peine : « Monsieur le président...regardez ça... » N’y tenant plus, l'interpellé se précipita vers la lunette, et en y collant son œil, il la vit. La "particule" était là, piégée, observable. Elle avait la forme d'un rectangle, de couleur blanche et moucheté de petites tâches noires. Ça ressemblait à un petit papier avec un message écrit dessus. Il zooma un peu, et il put distinguer :

 

CELUI QUI LIT ÇA EST UN CON